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Publié le 15/10/2021Télécharger la version pdf



Les ravageurs du sol

   

Mieux connaitre les ravageurs de sol ​
pour une gestion facilitée en ACS

Photo 1. Attaques de limaces sur du colza fin septembre – l’année 2021 est particulièrement propice au développement de ce ravageur (@APAD).​



​Limaces, escargots, taupins, zabres, mouches du semis ou encore sitone… il existe de nombreux ravageurs présents dans les sols et qui peuvent causer d’importants dégâts dans les cultures. Malgré tous les bénéfices environnementaux et techniques qu’on lui connait, l’ACS peut dans certains cas favoriser ces bioagresseurs en lui offrant le gîte et le couvert.

Cet instant technique se propose de passer en revue certains d’entre eux, en expliquant leur biologie, les méthodes de dépistage et de luttes possible. Il donnera la parole à un agriculteur, qui nous explique les problématiques qu’il rencontre chez lui, mais aussi à la Société DE SANGOSSE, spécialisée dans l’étude du comportement des limaces depuis de nombreuses années.



Les différents ravageurs du sol en grandes cultures


Les espèces listées ci-dessous ne constituent pas une liste exhaustive
de tous les ravageurs du sol existant en France.



Limaces

C’est l’un des ravageurs du sol les plus cités, notamment dans les réseaux en ACS, car elles peuvent causer d’importants dégâts en grandes cultures, surtout lorsque les printemps et automne sont humides. On distingue deux espèces de limaces : la limace grise (Deroceras reticulatum) responsable de la majorité des dégâts en France, et la limace noire (Arion hortensis). Elle est hermaphrodite, c’est-à-dire qu’elle peut s’autoféconder, et vit en moyenne 2 saisons (1 an). Les œufs et les adultes survivent à l’hiver. La limace peut ingérer jusqu’à 50 % de son poids par jour et parcourir en moyenne 3 m par jour.
Les escargots appartiennent également au groupe des mollusques et causent des dégâts similaires aux cultures, mais dans une moindre mesure.


Taupins


Photo 2. Larve de taupin (@Arvalis).

Les taupins sont des insectes appartenant à l’ordre des coléoptères. Ses larves vivent dans le sol et s’attaquent au bas des tiges. Il existe 2 genres de taupins nuisibles aux cultures : la première, la plus fréquente, est Agriotes. Elle comprend 4 espèces, dont 3 qui ont un cycle biologique long de 5 ans (4 ans sous forme larvaire). La deuxième est Athous. Les adultes hivernent dans le sol et émergent au début du printemps pour pondre entre 150 à 200 œufs, préférentiellement sous les couverts végétaux. Les larves se déplacent verticalement dans le profil du sol en fonction de sa température et humidité : on peut les observer en surface quand le sol a des températures comprises entre 10 et 26 °C.
Les situations à risque sont la présence d’une prairie de plus de 4 ans dans la rotation. La structure du sol, avec une terre légère et riche en matière organique (situation souvent rencontrée sur les parcelles en ACS) favorise le développement et le déplacement des larves de taupin.


Zabres


Photo 3. Larve de zabre (@Arvalis)​

Comme le taupin, cet insecte appartient à l’ordre des coléoptères. Les adultes sortent de terre entre la fin du printemps et le début de l’été afin de s’accoupler. La femelle pondra ensuite ses œufs à la fin de l’été, dans des galeries verticales le long des racines des plantes, et sur des parcelles riches en résidus pailleux non enfouis et en repousses de céréales. Ainsi, la présence du zabre est favorisée par la succession blé-blé ou autres graminées. Ensuite, durant l’automne, les larves sortent la nuit pour se nourrir des feuilles des plantes, et ainsi causer sa destruction complète. Le zabre effectue son cycle en 1 année.
Les facteurs favorisant les attaques sont donc les rotations céréalières courtes comme le blé / orge. L’avoine et la fétuque ne seraient en revanche pas consommées. L’absence de travail du sol, un des piliers phare de l’ACS, favorise aussi ce ravageur.



Sitone

Photo 4. Larve de sitone dans des nodosités de légumineuses (@réussir-agriculteur-normand).

Là encore, il s’agit d’un coléoptère. L’adulte hiverne à proximité des cultures, dans les haies, arbres, jachères et débris des cultures de légumineuses (féverole, couverts composés de légumineuses). Les hivers doux et secs sont des conditions favorables à son développement. Au printemps, dès que les températures atteignent 12 °C, il envahit les cultures par vols échelonnés pour se nourrir des parties aériennes, sans grande conséquence pour la plante, mais surtout pour se reproduire. Le sitone a un seul cycle par an : les adultes issus de la ponte de l’année émergent du sol pour aller se mettre à l’abri en prévision de l’hiver prochain. Les dégâts sont majoritairement causés par les larves présentes dans le sol : celles-ci se développent dans les nodosités des féveroles et pois, se nourrissent des racines, perturbant ainsi l’alimentation azotée de la culture.
Les conditions qui lui sont favorables sont des terres peu profondes qui s’assèchent en avril-mai.


Petites altises

Photo 5. Petite altise adulte dévorant une plantule de colza (@Terres Inovia).

Comme le sitone, ce petit coléoptère, aussi appelé altises des crucifères, hiverne à l’état adulte à proximité des parcelles dans des haies ou sous des feuilles mortes. A partir du mois de mai, dès que les températures atteignent 10-15 °C, les adultes sont capables de parcourir jusqu’à 1 km lorsque les vents sont calmes, se regroupent sur les cultures cibles (les crucifères) pour se nourrir et pondre. Leur nombre peut être très important, et l’une des caractéristiques est le saut que cet insecte réalise dès qu’il est dérangé. Les adultes se nourrissent des feuilles des jeunes plantes en cours de levée, en infligeant de nombreuses morsures au niveau des cotylédons. Les œufs sont déposés à proximité du collet des plantes. Les larves émergent au bout d’une dizaine de jours et se nourrissent des racines pendant environ 1 mois, et ce, toujours durant la levée des plantes. Les larves finissent par retourner dans le sol pour se nymphoser. Il n’y a qu’une génération par an.
Les sols chauds et secs lui sont particulièrement favorables, ainsi que les sols sableux qui se réchauffent rapidement.


Mouches des semis

Photo 6. Larve de mouche des semis dans une tige de millet (@INRAE).

Ce petit diptère est très polyphage, il s’attaque à de nombreuses cultures (plus de 40) qui restent sensibles pendant 3 à 4 semaines après la germination. Les œufs sont déposés à la surface du sol et éclosent environ 3 semaines plus tard. Il y a plusieurs cycles par an, généralement entre 2 et 6, mais c’est bien souvent la première génération qui cause des dégâts. Les larves pénètrent et creusent des galeries dans les cotylédons et les jeunes pousses, avant leur sortie de terre, afin de se nourrir. Les larves s’enfouissent ensuite dans le sol, se nymphosent, et sont prêtes à passer l’hiver.
Les conditions favorables à son développement sont la présence d’une quantité importante de matière organique fraiche en décomposition, tels que les résidus de cultures ou de couverts, associée à des conditions défavorables de levée des semis (froid, humidité), qui ralentissent l’émergence des graines et laisse le temps aux larves de pénétrer dans les plantules.


Noctuelles

Photo 7. Larve de vers gris (@Arvalis).

Le dernier ravageur présenté dans cet instant technique est un papillon de l’ordre des lépidoptères, la noctuelle. Il s’agit d’un nom commun donnée à la famille des Noctuidae, qui comprend à ce jour 12000 espèces décrites. Le vers gris, ou Agrotis segetum et Agrotis ipsilon sont les deux espèces qui sont décrites ici. Ce sont leurs chenilles, de couleur grise s’enroulant sur elles-mêmes lorsqu’on les touche, qui causent des dégâts : les 3 premiers stades larvaires perforent les feuilles, tandis que les 3 stades suivant ont une activité terricole. Quoi qu’il arrive, cette activité est nocturne. Les adultes apparaissent au début du printemps dans le sud de la France et pondent ; ce sont les populations issues de cette ponte qui sont nuisibles aux cultures, tandis que les adultes de la génération « parents » continuent leur migration vers les régions du nord de la France jusqu’en septembre.
Il se peut que ce ravageur soit moins fréquemment rencontré par les ACSistes, car ce sont les sols fraichement travaillés qui lui sont favorables.


Le tableau ci-dessous résume les cultures associées aux différents ravageurs cités précédemment :


Ainsi, on constate que toutes les cultures majoritaires peuvent être touchées par au moins un ravageur du sol, de manière plus ou moins importante en termes de fréquence et/ou de nuisibilité, en fonction du contexte pédoclimatique dans lequel elles évoluent.



Le tableau suivant résume les symptômes associés à ces différents ravageurs :



Les tableaux suivants, inspirés des travaux du CEROM (Centre de Recherche sur les grains) au Canada, proposent de croiser le calendrier des observations et les méthodes de piégeage pour le premier, et les méthodes de luttes pour le deuxième. A noter qu’il est primordial pour les agriculteurs de privilégier avant tout l’observation de leurs parcelles et de l’état de leurs cultures, afin de définir le niveau de risque de l’année et mettre en place la meilleure stratégie de lutte, adaptée aux conditions de l’année et de son territoire.

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Références


Limaces : Limaces - Ravageur sur Blé tendre, blé dur, triticale, ARVALIS-infos.fr
Taupins : Taupins - Ravageur sur Blé tendre, blé dur, triticale, ARVALIS-infos.fr
Zabres : Zabre - Ravageur sur Blé tendre, blé dur, triticale, ARVALIS-infos.fr
Sitone : Le sitone, très friand de féverole - Terres Inovia
Petite altise : Gestion des petites altises (altises des crucifères) - Terres Inovia, VigiJardin - Biologie (inra.fr)
Mouches des semis : Mouche des semis - Ravageur sur Maïs, ARVALIS-infos.fr, La problématique « mouche des semis » - Terres Inovia
Noctuelle : Vers gris - Ravageur sur Maïs, ARVALIS-infos.fr
CEROM, 2012. Guide des ravageurs de sol en grandes cultures




Témoignage de Philippe Mouraux, agriculteur à Tressange (57), en ACS depuis 15 ans
(crédit photos : Philippe Mouraux)

Je possède une ferme de 140 ha en grandes cultures et 20 ha de prairie, en zones intermédiaires. Le type de sol est principalement argilo-calcaire, ce sont des terres blanches, acides et froides, favorables aux graminées comme le vulpin. Je cultive principalement du colza, blé et orge, mais aussi d’autres cultures comme le pois ou le tournesol.
Les limaces ne représentent pas une problématique majeure chez moi. Lorsque les conditions leurs sont favorables (c’est-à-dire une fin d’été et un automne humide), elles s’attaquent à mon colza, mais je lutte efficacement contre en utilisant de l’anti limace.


Lors de mon passage en ACS il y a 15 ans, j’ai constaté les premières attaques de taupins ou zabres sur mes céréales. Le phénomène est aléatoire et relativement rare, mais lorsque les conditions sont favorables, les dégâts peuvent être très importants, jusqu’à la destruction complète d’une parcelle. Ça m’est arrivé par exemple sur 20 ha de blé l’an dernier, et j’ai dû ressemer au printemps.

Je voyais le blé disparaitre ligne par ligne, et je peux facilement dans ce cas observer les larves de l’un ou l’autre de ces ravageurs, en creusant un trou au niveau du système racinaire des plantes. Quand la pression est importante, rien ne résiste, pas même les graminées adventices. Selon moi, les conditions favorables aux attaques sont un temps sec, une levée lente de la culture et le niveau d’infestation de la parcelle en graminées adventices à l’interculture

(la pression étant élevée chez moi vu le type de sol sur ma ferme). L’absence de travail du sol doit aussi être un facteur, car ce problème a débuté dès ma transition et aucun de mes voisins (qui ne sont pas en ACS) ne le rencontrent, sauf lorsqu’ils retournent une prairie. 
Les moyens de lutte sont peu nombreux. En termes de mesures prophylactiques, je dirais qu’il faut limiter au maximum l’infestation en graminées adventices et les repousses de graminées du couvert précédent. Le choix des espèces à semer doit donc être bien réfléchi. Désormais, je traite systématiquement mes semences, car même si le risque d’attaque est faible, les pertes sont trop importantes. J’utilise un produit à base de Cypermethrin à 0.2 L/q. Ce traitement est cher, environ 30 €/ha pour un semis à 200 kg/ha, mais je suis satisfait de son efficacité et c’est toujours mieux que de devoir ressemer le printemps d’après.    
 


Témoignage de Marion PUYSSERVERT,
Responsable technique antilimaces chez DE SANGOSSE


La limace est un ravageur difficile à appréhender, car son comportement varie selon les années. On constate une diversification des populations de limaces dans les parcelles moins travaillées, c’est-à-dire qu’on ne retrouve pas seulement les deux espèces connues en parcelles cultivées de manière conventionnelle (la limace grise et la limace noire), qui peut être différentes selon les régions. Et à chaque espèce, sa biologie associée. De manière générale, les limaces sont des êtres annuels ou bisannuels, qui pondent 1 à 2 fois par an. Le projet RESOLIM piloté par l’ACTA entre 2013 et 2016, et ayant pour objectif de comprendre l'impact des pratiques agricoles et des facteurs environnementaux sur les populations de limaces, a révélé que ce nombre de cycles peut monter à 3.5 dans les parcelles sans travail du sol, lorsque les conditions climatiques sont favorables à ce ravageur.

Les cultures les plus sensibles aux attaques sont le colza et le tournesol. Le soja, la fèverole et le colza constituent un précédent favorable aux attaques, ce sont de bons « réservoirs à limaces ». Plus le sol est couvert, plus les conditions sont favorables au développement des populations. L’ACS créé « le gîte et le couvert » aux limaces, plusieurs facteurs entrent en compte, ce qui renforce la difficulté à comprendre son comportement. Sur des sols en ACS, riches en mulch et débris végétaux, les limaces vont se concentrer en surface, tandis que sur des sols travaillés, leur nombre va se diluer dans plusieurs horizons, car il est plus aisé pour elles de descendre en profondeur dans les macropores des grosses mottes. Mais cette concentration en surface ne traduit pas systématiquement des attaques sur la culture, certaines années elles sont présentes mais consomment les végétaux des couverts ; on ne sait pas encore expliquer correctement l’expression des dégâts, cela est très aléatoire.
Il est conseillé d’évaluer au préalable en début de saison le risque, en recourant au piégeage selon un protocole normalisé (mise en place de tapis). Ce travail de suivi se fait déjà dans les réseaux ACS, avec par exemple les travaux menés par DE SANGOSSE et l’APAD l’an dernier sur les semis de blé 1, et il serait très intéressant et utile de le poursuivre pour capter le plus de situations différentes possible, afin d’améliorer nos connaissances.
Concernant les moyens de luttes, il y a tout d’abord les leviers agronomiques lors des semis :
- Favoriser un bon contact terre-graine par roulage après semis,
- Eviter la présence de paille dans la ligne de semis,
- Être vigilant à la qualité de la ligne de semis en évitant son lissage du fond par des disques inclinés (créant une « autoroute à limaces »).

Le choix des couverts végétaux doit également être raisonné, car certaines espèces comme le nyger peuvent les favoriser. D’autres espèces qui restent longtemps en place peuvent permettre aux limaces de faire 1 à 2 cycles. La destruction mécanique de ces couverts perturbe la limace. Le choix de la date de destruction peut jouer également, par exemple le couvert laissé vivant lors du semis peut servir de leurre. Attention toutefois à ces pratiques qui ont des effets aléatoires, notamment en cas de population élevée. Il faut garder en tête l’objectif principal de l’année : garder l’humidité du sol, gérer les adventices, gérer les limaces… Par exemple, cet automne, la pression est très élevée et l’impasse sur la lutte est risquée.
Il existe également la lutte biologique, grâce aux auxiliaires comme le carabe ou le staphylin. Le projet CASDAR Auximore / ARENA a toutefois montré que leur contribution dans la régulation des limaces est limitée, il ne faut donc pas reposer toute sa stratégie de lutte là-dessus.
Enfin, il y a la lutte chimique, avec le choix de produits de qualité et adaptés à chaque usage. Des stratégies spécifiques en ACS peuvent être envisagées, car il faut allier le matériel disponible sur la ferme et les pratiques agricoles : application sur la ligne de semis avec ou sans enfouissement, application en plein, ou combinaison de techniques, peuvent être des stratégies réduisant les doses appliquées, économes, mais efficaces malgré tout. Chacun doit trouver sa solution, la recette universelle contre les limaces n’existe pas.
Si on fait un focus sur l’escargot, il ne s’agit pas d’une problématique majeure, mais qui devient malgré tout de plus en plus fréquente, notamment en ACS, car on observe des populations qui s’installent en même temps que la diversité de culture, qui est un des piliers de l’ACS. Sa capacité de prolifération est importante et en cas de forte attaque, on peut le retrouver dans la récolte, car il monte dans les épis de blé par exemple. La lutte chimique reste identique à celle employée pour les limaces, mais la lutte par des leviers mécaniques sont moins efficaces : contrairement à se cousine qui est détruite par dessication, l’escargot peut se réfugier dans sa coquille.
Côté projet en cours, DE SANGOSSE développe un capteur automatique et autonome nommé Limacapt, afin de construire un réseau de détection chez les agriculteurs et ainsi mieux comprendre le comportement des limaces dans chaque système et leur comportement alimentaire.
DE SANGOSSE reste intéressé pour travailler avec les agriculteurs à mieux comprendre l’évolution de ce ravageur en ACS : campagne de piégeage, développement du réseau Limacapt, accompagnement pour la mise en place de protocoles pour tester différentes stratégies de lutte personnalisée, enquête capacité matériel, formation, démonstration… et encourage les initiatives locales auprès de ses interlocuteurs en région, pour mettre en œuvre la démarche CIBLAGE qui a fait ses preuves pour une lutte efficace et durable contre les limaces.
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[1] Retrouvez les résultats de cette campagne de piégeage dans la 2ème partie de l’Instant Technique dédié aux légumineuses alimentaires.



Article écrit par le comité technique de l’APAD.
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