L'INSTANT TECHNIQUE



Publié le 27/11/2020Télécharger la version pdf



Le campagnol des champs



La gestion du campagnol des champs en ACS

Le campagnol des champs apprécie les parcelles conduites en ACS car elles lui offrent le gîte et le couvert. Sa prolifération peut être très rapide et engendrer de gros dégâts sur les cultures. Cet instant technique fait le point sur le mode de vie de ce petit rongeur et montre, à travers 4 témoignages comment les agriculteurs peuvent gérer sa présence. Geoffroy Couval de la FREDON nous relate également les recherches effectuées en ACS. Enfin, un plan de nichoir est proposé pour ceux qui souhaitent accueillir des chouettes Effraies.



Description :

Microtus arvalis ou campagnol des champs a une activité principalement de surface. Il mesure de 9 à 12 cm, pèse de 30 à 40 grammes. Il a de grandes oreilles poilues, de grands yeux, un corps rond et une queue courte de 30 à 45mm.
On le trouve principalement dans les bandes enherbées et les parcelles cultivées car il se nourrit de feuilles, tiges, graines et racines. Quand les populations abondent, il vient envahir jusqu’au milieu des parcelles mais en partant toujours de sa zone refuge. Il creuse un nid avec des galeries ouvertes devant lesquelles la terre granuleuse est entassée devant chaque ouverture. Il se déplace sur des chemins en surface, faisant des cercles dans les cultures. On le retrouve dans toutes les régions françaises avec des secteurs plus ou moins infectés. Il est capable d'ingérer quotidiennement deux fois son poids en matière verte et il a été établi un seuil de nuisibilité : 200 individus/ha. On entend souvent le terme de mulot dans le parlé agricole mais ce sont souvent les campagnols qui sont désignés par ce terme car les mulots vivent plutôt en forêt et leurs impacts sur les cultures sont faibles.

La vitesse de reproduction :

La maturité sexuelle des mâles est à 30 jours et 21 jours pour les femelles. La gestation dure 21 jours avec 3 à 4 portées par an de 2 à 12 petits (8 mamelles). La capacité reproductive réelle peut atteindre un facteur de 100 soit passer de 6 individus en mars à 600 en octobre ; le nombre dépassant rarement les 800 individus / Ha même si on a pu comptabiliser jusque 2000 individus dans certains cas.
La population peut être très fluctuante, de la présence sporadique à un très grand nombre d’individus avec des cycles plus ou moins longs. Il est difficile aujourd’hui de comprendre cette dynamique des cycles qui peut être dû à un manque de nourriture, à des maladies, à l’augmentation du nombre de prédateurs. 

Les moyens de lutte :

La prévention est la meilleure stratégie pour éviter un envahissement vite ingérable. On trouve la prédation naturelle, la lutte chimique, la lutte environnementale et les méthodes physiques.


La prédation naturelle :

elle reste indispensable pour limiter la colonisation, elle est facile à mettre en œuvre mais souvent en régression par manque d’habitats ou la surchasse (renard). La prédation la plus efficace est réalisée par la diversité des prédateurs dont voici une liste :

  • Les oiseaux : Busard cendré, Chouette Effraie, Hiboux des Marais, Buse Variable, Faucon Crécerelle, Busard St Martin, Busard des Roseaux, Milan Noir, Hibou-Moyen Duc, Chouette Chevêche, Héron cendré, Grande Aigrette, Cigogne Blanche
  • Les mammifères : Belette, renard, fouine, chats.
  • Les reptiles : Couleuvre vert et jaune, Vipère aspic.


La lutte chimique :

Les produits phytopharmaceutiques sont en régression comme la Bromadiolone qui sera interdite d’utilisation cette fin d’année. Le phosphure de zinc (Ratron) est aujourd’hui utilisé et efficace avec peu de dégâts sur la faune auxiliaire car la substance active est entièrement dégradée et ne peut donc pas entraîner d’empoisonnement secondaire. 
La lutte environnementale consiste en la mise en place d’un système bocager par exemple et est donc une lutte à moyen et long terme.
Enfin, la lutte physique par le piégeage est possible en cas de faible infestation et, à grande échelle, difficilement conciliable avec un système sans travail du sol. Les herses, type herse à paille ou magnum, peuvent avoir un effet à court terme en » » perturbant les passages entre trous mais la re colonisation est rapide. La mise à nu des parcelles par broyage des résidus et des couverts favorise également la prédation naturelle.


Campagnols et ACS :

L’ACS avec ses 3 piliers a de quoi satisfaire les besoins des campagnols : du couvert toute l’année, un sol non travaillé et de nombreuses graines qui restent en surface. Le premier facteur favorable reste cependant le degré d'ouverture du milieu : moins il y a d'éléments du paysage tels que des bosquets, des haies, des arbres, plus on a de risques d'avoir des infestations. Ensuite, plus le couvert est dense et haut plus il est propice à la présence des rongeurs qui y trouvent facilement de la nourriture, un habitat et protection contre leurs prédateurs. Enfin, la qualité de la ressource alimentaire proposée aux campagnols joue un rôle conséquent sur le taux de reproduction : les couvertures végétales trop riches en graminées ne leur sont pas très favorables contrairement aux légumineuses qui sont fort appréciées. On comprend donc que l’ACS favorise les campagnols d’autant plus en milieu ouvert où la situation peut vite devenir ingérable si la lutte n’est pas régulière. Nous vous proposons 4 témoignages d’agriculteurs qui expliquent leurs façons de gérer le campagnol des champs.



Témoignage de Jean-Claude Guille, agriculteur à Frévillers (62) en ACS depuis 2016. 

Connaissant le risque des rongeurs dans les parcelles menées en ACS, j’ai, dès l’implantation des premiers couverts végétaux, mis en place des perches dans les champs pour que les oiseaux puissent s’y poser. Ils étaient cependant peu fréquentés. Dans le même temps, j’ai rencontré une personne de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) qui m’a incité à mettre des nichoirs. J’en ai donc mis 1 pour chouette effraie dans un hangar et 2 pour chouette chevêche dans des arbres têtards.
Depuis, on entend les cris des chouettes, ce qui est assez nouveau dans le secteur. Sans savoir si les oiseaux feraient le travail, j’ai aussi acheté un appareil pour positionner du Ratron dans les galeries. C’est finalement long et fastidieux et on oublie toujours des trous. Les oiseaux sont bien plus efficaces.

Cette année, j’ai revu quelques dégâts dans des repousses de colza. J’ai aussitôt installé verticalement des planches de palette au pied desquelles on a vu rapidement des pelotes de déjections : les oiseaux étaient à l’œuvre et ont fait un travail important. C’est plus simple de favoriser les oiseaux que les renards car là, il faut trouver des compromis avec les chasseurs et c’est plus compliqué. Au niveau des cultures, je dois aussi broyer les éteules à ras du sol après le semis du couvert pour que les oiseaux puissent se poser facilement. En conclusion, il faut d’abord installer les nichoirs pour que les oiseaux viennent, ensuite installer les piquets avant même l’apparition des campagnols et gérer le paillage pour que les oiseaux puissent se poser.

Témoignage de Bruno Génin, agriculteur à Vavincourt (55), en ACS depuis 6 ans. 

Dans mon secteur, dès qu’on arrête le travail du sol, les parcelles sont colonisées avec plus ou moins d’intensité par des campagnols des champs. Il y a des colonies partout, en particulier dans les bandes enherbées et le long des fossés. Face à une telle infestation, les prédateurs naturels du campagnol ne suffisent pas : les renards ne sont pas assez présents, les sangliers font de gros dégâts pour les déloger et il y a assez peu d’oiseaux. Par rapport à l’ACS, je préfère réussir mes couverts végétaux car leurs intérêts sont multiples et je gère alors les campagnols avec du Ratron. Si la surface à traiter est importante, nous pouvons passer du temps sachant que nous avons besoin de 0.5 à 2 heures par hectare.
​Je m’aperçois également que le passage du broyeur de pierres perturbe bien les campagnols en limitant leur présence : ils détestent vraiment les sols nus ou à végétation très basse ; c’est bien pour ça qu’on ne retrouve pas de campagnols des champs dans les prairies pâturées. La fauche des colzas juste après récolte pour laisser le sol nu quelque temps est aussi bien efficace car ils passent d’une parcelle où ils sont bien protégés à une surface à nu. A l’avenir ce sera bien un mixage des 2 outils, chimique et mécanique, qui permettront de limiter les dégâts.

Témoignage de Franck Butavant, agriculteur à Saint Aubin (39), en ACS depuis 8 ans. 

Administrateur à la FREDON Bourgogne Franche Comté, je fais également parti de la ZERRAC (cf ci-dessous). Lorsqu’une parcelle est fortement infestée de campagnols je limite au maximum la durée du couvert végétal (par exemple, destruction des repousses de colza fin août et des couverts fin novembre) afin de favoriser la prédation naturelle par les buses, renards, hérons, etc. Je n’hésite pas aussi, si nécessaire, à passer une herse Magnum car cela perturbe le passage des campagnols entre leurs trous. Je réalise 2 ou 3 passages en conditions bien sèches de façon croisée.
 
Si besoin j’utilisais aussi de la Bromadiolone (sur appâts de blé) dans un cadre d’utilisation extrêmement réglementé. Ce produit étant interdit d’utilisation au 31 décembre 2020, elle sera remplacée par le Ratron WG (phosphure de zinc), produit plus respectueux de la faune auxiliaire mais toujours encadré par la FREDON au niveau de l’achat, de la traçabilité d’utilisation et de la formation pour l’utiliser.

Dans mon assolement à base de colza, blé, orge d’hiver, soja, parfois féverole, la culture du colza est de loin la plus sensible aux campagnols. Cependant, le fait de semer le colza fin juillet est un bon levier pour lutter naturellement car le colza pousse très vite en août et donc, est moins vulnérable aux campagnols.

En conclusion, les 3 outils à disposition me permettent de lutter efficacement contre les campagnols même les années à forte pression : la mécanique avec la herse à paille Magnum, la biologie avec les prédateurs naturels et la chimie quand cela est indispensable.

Témoignage d’Olivier Bureau, agriculteur à Lavaré (72), en ACS depuis 5 ans. 

Pour ma part, au sujet des campagnols, je n'ai jamais remarqué de problème particulier après 5 ans d'ACS. Pourtant j'ai des trous partout dans mes parcs à volailles et mes pelouses. L'an dernier, j'ai commencé à en apercevoir en bordure de champs, jouxtant mes parcs et puis plus rien. Par contre, je suis dans un paysage très bocager et toute la ferme est entourée de haies et de bosquets plus ou moins grands. J'observe beaucoup de rapaces diurnes et nocturnes toute l'année. Et tous mes pieux de clôture de parcs ont à leur pied des fientes d'oiseaux. 

Je ne chasse plus le renard qui mange mes volailles (trop de temps passé pour peu de résultats) et j’ai préféré électrifier mes parcs à volailles, c'est bien plus efficace. J'aperçois très souvent des renards le soir lorsque j'enferme mes volailles. Ils doivent sûrement muloter. J'ai en permanence des hérons sur les parcelles (blanc et gris). J'en ai déjà vu 4 côtoyer en même temps des buses (7), et des faucons (3) sur la même parcelle. L'hiver je vois beaucoup de traces de petites bêtes comme les belettes et autres. L'été plusieurs fois je me retrouve nez à nez avec des serpents que je laisse bien sûr vivre ! Il y a aussi plusieurs chats sauvages qui vivent sur la ferme et que j'aperçois également très souvent dans les champs. 

Bref, une biodiversité qui, je pense, me permet d'éviter une invasion de rongeurs dans mes champs malgré une présence permanente observé de ces bestioles sur la ferme. 
Donc en gros je ne fais rien à part planter des arbres !




Témoignage de Geoffroy COUVAL, de la FREDON Bourgogne – Franche Comté, référent technique national campagnols réseau FREDON France


Nous travaillons sur la ZERRAC (Zone Expérimentale de Régulation des Rongeurs en Agriculture de Conservation) qui a pour objectif de proposer une stratégie de lutte raisonnée pour le contrôle des pullulations de campagnols des champs dans les systèmes d’exploitation agricole en semis direct sous couvert végétal. Ce projet s’inscrit dans le cadre du plan Ecophyto 2, en vue de réduire l’usage des rodenticides contre le campagnol des champs, Depuis 2017, la FREDON BFC, le Laboratoire Chrono-Environnement (https://chrono-environnement.univ-fcomte.fr/), la CDA 39 et la CRABFC expérimentent l’usage de la herse comme méthode alternative. En parallèle, 32 km de suivi indiciaire doivent permette de mieux les dynamiques spatiales et temporelles des populations de campagnols des champs. L’APAD fait partie du Comité de pilotage de ce projet. Les résultats et conclusions de ce projet seront publiés début 2021. La seule chose qu’on peut dire pour l’instant, mais il reste à bien le quantifier, c’est que la herse joue un rôle à court terme car le campagnol recolonise rapidement les parcelles.

D’autre part, un autre projet de recherche, DURBAN, qui devrait débuter en 2021 dans le cadre du plan Ecophyto 2+, a pour objectif de développer un mode de gestion des bandes enherbées favorisant la prédation des campagnols. Le but est de s’appuyer sur des méthodes de biocontrôle potentiellement efficaces sur ces espaces limités et lorsque les densités de campagnols sont basses. Il s’agira d’implanter des perchoirs à rapaces dans les bandes enherbées et d’y limiter la hauteur du couvert végétal par des fauches régulières. Plusieurs suivis seront réalisés par un consortium réunissant le laboratoire Chrono-Environnement, la FREDON BFC, la LPO BFC, la FDC39 et la chambre d’agriculture du Jura : densités de campagnols, productivité des parcelles, coût de cette gestion préventive, biodiversité associée aux îlots (avifaune, insectes auxiliaires, mammifères),… Ce projet est important car nous faisons le constat que les bandes enherbées représentent des zones refuge pour les campagnols. Comme elles sont aussi source de biodiversité, il s’agit de bien peser les avantages et inconvénients de chaque méthode de gestion. Des photos seront également prises au niveau des bandes enherbées afin de mieux identifier les prédateurs et leurs rôles.

Enfin, un 3ème programme de recherche, MACC 0, a débuté sur la région Grand Est avec plusieurs zones expérimentales dont une partie des agriculteurs sont engagés en ACS. Ce projet poursuit plusieurs objectifs : i) tester la faisabilité d’un système avec un IFT rodenticide de 0 ; ii) quantifier l’impact des méthodes alternatives retenues (herse étrille, pièges poubelles, décompacteur, plantes répulsives,…) sur les populations de campagnols et sur le système de production ; iii) proposer un référentiel technique sur les stratégies de lutte, tenant compte du système de cultures et de l’environnement de l’exploitation ; iv) acquérir des références sur les dynamiques spatiales et temporelles des populations de campagnols des champs.

En conclusion, je dirai que le colza et le soja sont vraiment les 2 cultures les plus à risque avec de gros problèmes lorsque les couverts sont très développés, d’autant plus avec des légumineuses, sans période de parcelles à nu. Nous connaissons de grosses années de pressions, a priori tous les 4 à 5 ans, comme 2015 puis 2019 que ce soit en France ou dans différents pays européens.





Construction et installation
d’un nichoir à chouette Effraie




Plusieurs conditions permettent d’évaluer la qualité du site. L’endroit doit être tranquille, situé à proximité de prairies mais éloigné de toute route de circulation dense. L’effraie affectionne tout particulièrement les granges de fermes, les greniers de maisons ou les pigeonniers.
Pour une réussite optimale, il est recommandé d’installer deux nichoirs dans une même zone : le premier pour la femelle et ses petits, l’autre pour le mâle. Il est en effet rare que le couple niche ensemble bien que le mâle continue à apporter ses proies à la femelle et aux jeunes. Le mieux est d’installer le nichoir à l’intérieur d’un bâtiment. Fixé sur un mur ou sur une poutre, il devra être installé à plus de 5 mètres de hauteur de sorte à réduire les risques de prédation (fouine, chats,…). Le trou d’envol donnera directement sur l’extérieur et sera orienté à l’opposé des vents dominants.


Article écrit par le comité technique de l’APAD.
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