Publié le 12/03/2021 Télécharger la version pdf



Les légumineuses alimentaires 
Résultats des piégeages limaces


Les légumineuses alimentaires de printemps comme le pois chiche ou la lentille occupent une place de choix dans les rotations en Agriculture de Conservation des Sols : aussi bien par la diversification des plantes cultivées qu’elles permettent que par la structure du sol ou le solde azoté en tant que légumineuses. La vigilance sur le prix de vente doit cependant être forte pour qu’elles restent rentables. 
Dans la 2ème partie, nous ferons le bilan de la campagne de piégeage des limaces qui a eu lieu l’automne dernier avec la société de Sangosse. 

Le choix de la parcelle

Les légumineuses alimentaires sont d’origine méditerranéenne et, malgré l’évolution génétique, elles gardent leurs caractéristiques d’origine. Ce sont donc des plantes qui préfèrent les sols filtrants avec un bon pouvoir de réchauffement au printemps. Il faut éviter les parcelles hydromorphes car ces légumineuses sont très sensibles aux excès d’eau. Ce phénomène pénalise la levée et accentue fortement les pertes de pieds. A contrario, ce sont aussi des plantes qui supportent mal le manque d’eau à floraison et surtout l’excès de température : l’idéal est donc d’avoir également des sols profonds ou qui retiennent bien l’eau (mais sans excès !). Le pois chiche peut cependant mieux résister que la plupart des autres protéagineux au manque d’eau. 
Pour favoriser les échanges gazeux avec l’atmosphère, rendu nécessaire pour capter l’azote de l’air, il faut veiller à avoir des sols bien structurer biologiquement ; vigilance donc les premières années d’ACS car le sol peut ne pas être encore bien aéré. 
Enfin, la valorisation de ces cultures est l’alimentation humaine. On évitera donc les parcelles où il y a un risque de présence de plantes toxiques telle que la morelle, le xanthium ou le datura, au risque de voir sa culture déclassée.

Une place de choix dans la rotation

Comme toutes les légumineuses, elles ont toute leur place dans les rotations en système ACS.  
Le principal argument tient à cette famille qui permet une meilleure gestion du salissement : la diversification des dates de semis et des modes d’implantation des cultures évite la sélection d’une flore adventice dont le cycle coïncide avec celui des cultures majoritaires dans la rotation. De plus, en alternant les familles d’herbicides utilisées, leur efficacité est optimale.  
D’autre part, l’importance des phénomènes de rhizodéposition observés avec les légumineuses et l’existence de systèmes symbiotiques actifs (mycorhiziens, rhizobiens) participent au développement de la microflore fongique, de la microfaune et au renouvellement du taux de matière organique des sols. Ceci permet de laisser un sol en bon état structural car c’est toute la chaîne trophique du sol qui en bénéficie.  
Enfin, ce sont de bons précédent par l’azote qu’elles relarguent en se décomposant après moisson car leur rapport C/N est faible comparé à de nombreuses autres cultures.  
Ce sont donc ces 3 critères qui expliquent qu’elles sont souvent implantées plus pour leur intérêt agronomique que pour leur intérêt économique souvent limité.
Le pois chiche est aussi intéressant pour éviter une trop forte sole de pois protéagineux car il est assez résistant à l’Aphanomyces. Pa contre il est sensible à l’Ascochytose donc il faut veiller à ne pas implanter de pois chiche trop souvent sur une même parcelle (> 5 ans).

La particularité du pois chiche

Le pois chiche est une légumineuse à graines. Comme toutes les espèces de cette famille, il a besoin de former une symbiose avec un Rhizobium pour satisfaire pleinement ses besoins en azote. Cette symbiose peut se réaliser naturellement lorsque les bactéries sont présentes dans le sol ou artificiellement par l’ajout d’un inoculum avant le semis.
A ce jour, il n’existe pas d’inoculum homologué spécifique au pois chiche sur le marché français. Dans le sud de la France, la mise en place de cette symbiose s’effectue généralement sans problème dans les sols historiques de production à pH alcalins. En dehors de ces zones, la symbiose est plus incertaine. Si l’on observe des nodosités huit semaines après la levée c’est que la symbiose s’est mise en place. Aucun apport d’azote n’est alors nécessaire.  En l’absence constatée de nodosité, un apport d’azote devient nécessaire et il s’agit de considérer alors le pois chiche comme une culture non-légumineuse. Il est difficile de quantifier les besoins exacts de la culture et l’idéal serait de trouver le bon rhizobium.
Une autre particularité du pois chiche est l’émission d’acide au niveau de son feuillage : cette particularité lui permet de ne pas être attaqué par les insectes même le bruche habituellement problématique chez les légumineuses ; seuls bémols pour la mouche mineuse et l’héliothis, larve pouvant grignoter les graines, dans le sud de la France.

La fertilisation

Comme souvent chez les légumineuses, le système racinaire est composé d'un pivot principal pouvant atteindre 20 cm et de racines latérales. Ces dernières sont souvent très ramifiées et localisées dans les 15 premiers centimètres. Ceci montre l'intérêt d’une bonne structuration du sol pour que les racines puissent s’implanter au mieux. Si l’on veut favoriser les mycorhizes, mieux vaut éviter d’apporter du phosphore, sauf, éventuellement en engrais starter. Pour la potasse, les besoins peuvent représenter 30 à 40 unités ; ce n’est pas énorme mais des carences impactent la production pour ces plantes d’été.  Une fertilisation d’une cinquantaine d’unités de soufre permet d’optimiser l’absorption de l’azote. 

Le désherbage

Comme pour toute culture, le sol doit être totalement exempt d’adventices au semis. Le couvert végétal doit donc être bien détruit par un rouleau et, si présence d’adventices, chimiquement par un herbicide total.  
Ce sont des cultures qui se développent lentement en première partie de cycle, jusqu’au début de la floraison. Cette caractéristique est propice à l’enherbement synonyme de forte concurrence par les adventices. Il existe peu de solutions de post levée donc une stratégie à base d’un herbicide de prélevée est souvent nécessaire. Seul le Challenge peut être utilisé en post levée (à 0,5 l/ha), sous conditions d’une impasse en prélevée. Il doit être appliqué tôt, au stade 2-3 feuilles sur des adventices jeunes (2-3 feuilles maximum). Dans les situations avec une flore dicotylédone difficile, il peut être préférable de cibler une autre parcelle, indemne.
Il est déconseillé d’appliquer un herbicide dans les quelques jours qui précèdent la levée des cultures afin d’éviter tout risque de phytotoxicité.
Pour les graminées, le Kerb Flo peut être utilisé même si son efficacité est vite diminuée avec les conditions climatiques plus chaudes. Il peut être associé à d’autres produits homologués.

Les maladies fongiques

Comme toutes les légumineuses, ces plantes sont sensibles aux attaques de champignons. Pour le pois chiche, il faut surveiller principalement l’ascochytose (Anthracnose) puis la fusariose des racines. Pour la lentille, ce sont la fusariose et la rouille qui sont les maladies les plus à craindre. En cas de printemps humide, la maladie peut vite monter et les pertes peuvent être conséquentes sans traitement. Il s’agit donc d’être vigilant.

Les deux témoignages suivants permettent de mieux comprendre
les itinéraires techniques de la lentille et du pois chiche.


Témoignage de Florence Richard, agricultrice à Marigny (79) en ACS depuis 10 ans.

Les lentilles vertes « Anicia » sont une diversification dans ma rotation car je ne veux pas faire de maïs (sol trop séchant) ou de colza (car je ne veux pas faire d’insecticide). Je l’implante donc dans toutes mes parcelles même si je sais que les sols séchants ne donnent pas de bons résultats économiques.
J’implante les lentilles derrière un couvert végétal implanté aussitôt derrière blé tendre. Ce couvert est multi espèces (poussant en été, gélives, non-gélives avec différentes durées de cycle) à base de tournesol, moutarde d’Abyssinie, blanche (précoce et tardive), nyger, trèfle d’Alexandrie, vesce, sarrazin, phacélie...mais pas de graminées ! Vers le 15 avril, ce couvert est roulé avec le rouleau Faca Grégoire (double sens agressif ou roulage) en même temps que le semis : il ne faut pas que le couvert se redresse pour permettre aux prédateurs des campagnols d’agir et faire un paillage au sol. Je ne veux pas le broyer pour garder les insectes présents dans le couvert. Je roule systématiquement après le semis pour enterrer les pierres et faciliter la récolte. Puis je passe un glyphosate pour avoir un sol exempt de toute adventice.
Je sème à 85 kg / Ha soit environ 280 grains / m² à 2 cm de profondeur. Les semences certifiées sont enrobées avec des oligo-éléments et je ne mets pas de starter car je n’en vois plus l’intérêt en ACS. Je mets du phosphate ferrique derrière chaque ligne de semis pour protéger le démarrage.
Pour le désherbage, soit je passe au semis avec du Centium (si gaillet) – Nirvana (2l) – Challenge (1.5 l) soit un double passage de Corum (2 x 0.5 l) : cette 2ème solution est plus efficace mais plus complexe à mettre en œuvre.
Je ne fais jamais d’insecticide par choix. Pour les maladies fongiques, si c’est humide à floraison, je passe un ½ Prosaro; sachant que c’est une plante peu maladive sûrement grâce à ses petites feuilles et le climat. La lentille est cependant fragile et vectrice de multiplicateurs de pathogènes donc il faut être vigilant. Je constate cependant une certaine résilience en ACS mais pas encore suffisante pour ne passer aucun fongicide.
Le principal souci est le coup de chaud de juin avec un impact sur le rendement qui peut être très conséquent en baissant le rendement à 200 kg contre 1000 kg en moyenne. Pas de contrat pas de vente, le marché est vite saturé ! Le prix de vente doit être négocié dès le contrat de vente.
La récolte ne se fait pas en pleine chaleur mais plutôt le matin ou le soir avec une vitesse lente car ce sont des plantes souvent collées au sol. Je ne sème pas de couvert derrière la récolte qui a lieu mi-juillet car les relevés suffisent, je peux recharger avec un peu de sarrasin si besoin. 


Témoignage de Luc Pouit, agriculteur à Montrésor (37) en ACS depuis 2016 après près de 20 ans de TCS. Avec des précisions d’Agathe Penant, ingénieur développement à Terres Inovia.

Je cultive du pois chiche pour allonger la rotation et améliorer mes parcelles. Autrement, ce n’est pas une culture intéressante économiquement car le marché est fluctuant et peu porteur : les importations en provenance du Canada casse facilement le marché et on peut descendre à 350 € la tonne pour des rendements de 1.5 à 2 tonnes par hectare. De plus, on ne peut pas activer l’aide PAC légumineuse sur cette culture. C’est indispensable d’avoir un contrat pour savoir où l’on va.
J’ai dû adapter la conduite technique car on trouve très peu de conseils. Le premier problème rencontré et que c’est une légumineuse mais le rhizobium spécifique du pois chiche n’est pas homologué en France ! Ce qui fait que je suis amené à conduire cette culture avec de l’azote minéral pour obtenir un peu de rendement.
L’implantation est réalisée fin mars après un couvert implanté derrière un millet. Ce couvert ne contient pas de légumineuses à grosses graines et est basé sur du tournesol, phacélie, fenugrec, seigle et relevés de millet. Il est détruit mécaniquement et, s’il y a des adventices présentes, avec 1.5 litre de glyphosate en février : ceci afin que mes sols limoneux se réchauffent et je ne veux pas trop de débris vert pour faciliter le semis. Je passe un Kerb flo en prélevée à 1.5 litres pour gérer les graminées. Suivant les adventices présentes, je mets l’un des 3 produits antidicotylédones homologués, à savoir Challenge, Nirvana ou Prowl qui, à part le Challenge, ne sont autorisés qu’en prélevée. 
Comme dit plus haut, j’apporte un peu d’azote pour le développement et obtenir suffisamment de protéine. J’apporte également 100 kg de kiésérite donc 25 kg de magnésie et 50 kg de soufre. 
Pour lutter contre l’ascochytose, je passe de l’Amistar à 0,8 l/ha dès l’apparition des premiers symptômes, en général au début de la floraison. Si le temps est humide, je peux passer une deuxième fois
La principale limite du rendement, après les possibles mauvaises levées si le sol est insuffisamment ressuyé, est le froid à floraison car les fleurs coulent à moins de 15 °C. Enfin, le 3ème risque est le sec en juillet au moment du remplissage du grain donc avec un risque de petit PMG. Le pois chiche reste la légumineuse la plus résistante aux coups de chaud à la floraison. 
La récolte est en général assez facile car les gousses ne sont pas à ras de terre. 



Résultats des piégeages limaces

A l’automne dernier, pour les implantations de blé, un réseau de suivi des présences de limaces a été effectué dans 15 parcelles en ACS en collaboration avec la société de Sangosse. Il y en avait 3 en Maine et Loire, Vendée et Sarthe, 2 dans l’Oise et Charentes Maritime, et une dans la Vienne et Deux-Sèvres. L’Ouest était donc majoritairement représenté.

Les observations avaient lieu chaque semaine de 3 semaines avant semis au stade 3 - 4 feuilles donc environ du 1er octobre au 1er décembre. En plus du comptage, les agriculteurs ont renseigné le précédent du blé, la texture du sol, le risque limace calculé avec la grille ACTA et la pluviométrie. Le relevé se faisait sur 4 placettes de 0.25 m² avec un protocole très précis fourni par la société de Sangosse. Les agriculteurs distinguaient les limaces noires et grises, jeunes et adultes.

Voici les résultats obtenus en comparaison aux mêmes comptages en conventionnel (échantillon de 15 parcelles en ACS et de 105 parcelles en conventionnel) :

On voit bien que le nombre de limaces est toujours bien supérieur en ACS (sauf la semaine 42) et jusque 5 fois plus en semaine 45. Pourtant, quand on a interrogé les agriculteurs, ils ne font pas de corrélation entre le nombre de limaces et les dégâts sauf pour 2 qui ont dû procéder à un traitement. 2 autres ont également préféré traiter mais sans voir de dégâts : un traitement plus en préventif. En particulier, un agriculteur a comptabilisé 66 limaces / m² début novembre mais n’a pas constaté de dégâts sur son blé et n’a pas traité.

Quant à l’impact de la pluviométrie, on voit un décalage entre l’arrivée de la pluie et l’activité des limaces. D’autre part, il semble, mais ce sera à confirmer par un plus grand échantillon, qu’un printemps et été secs limitent fortement le nombre de limaces à l’automne. C’est ce qui semble ressortir des piégeages effectués dans le nord de la France.

Concernant le précédent, voici les résultats :

Légende : LNJ : limace noire jeune – LNA : limace noire adulte – LGJ : limace grise jeune – LGA : limace grise adulte.

Tout d’abord, ce sont les limaces grises qui ont été les plus présentes. On voit que le colza et le soja sont les précédents où l’on a pu comptabiliser le plus de limaces, suivi de la féverole et du pois. Difficile cependant de généraliser ce résultat vu le nombre de parcelle. 

Enfin, concernant la texture de sol, voici les résultats :

Les sols limono-argileux puis argilo-calcaire sont les sols ayant le plus de limaces. Nous n’avons pas interrogé les agriculteurs sur l’état de surface ou sur le taux de matière organique de surface. Ce serait une donnée à ajouter pour de prochaines études.

En conclusion, malgré le petit échantillonnage, on voit que les limaces sont bien présentes en ACS même si les dégâts, pour le blé, ne sont pas en lien avec le nombre. Entre la présence de prédateur comme les carabes ou les restes du précédent que les limaces mangeaient sans toucher au blé, il est difficile de faire la part des choses.

Quand on connaît les impacts négatifs des limaces dans certaines parcelles en ACS, le souhait du comité technique est de poursuivre et amplifier ces comptages. Plus il y aura de parcelles suivies et mieux on pourra analyser les résultats obtenus. Si vous êtes intéressés pour réaliser ce suivi sur vos cultures de printemps (maïs, soja, tournesol) merci de nous contacter avant vendredi 19 mars pour que la société de Sangosse vous intègre dans le réseau de suivi.

Article écrit par le comité technique de l’APAD.
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