Publié le 31/03/2026Télécharger la version pdf





La culture des légumineuses à graines en agriculture de conservation des sols (ACS)





Les légumineuses à graines occupent une place stratégique dans les systèmes en ACS. Les espèces les plus cultivées en France sont le pois protéagineux, la féverole, le soja et le lupin. Ces cultures contribuent à la diversification des rotations, à la fixation biologique de l’azote atmosphérique et à l’amélioration de la fertilité des sols. Leur réussite repose cependant sur la maîtrise d’un certain nombre de paramètres techniques, notamment l’implantation, la gestion des résidus et la maîtrise des bioagresseurs que cet instant technique vous propose de revisiter à l’aide également du projet Insérez-les dans lequel l’APAD est partenaire.





En ACS, la performance des légumineuses à graines dépend fortement de l’état structural du sol et de son fonctionnement biologique. En effet, les sols présentent généralement une meilleure stabilité structurale et une activité biologique plus importante. Cependant les sols sont souvent plus frais et plus humides au printemps, impliquant des adaptations dans l’itinéraire technique, en particulier pour la phase d’implantation. Ceci étant d’autant plus vrai durant la phase de transition.


Les légumineuses sont capables de fixer l’azote atmosphérique grâce à leur symbiose avec les bactéries rhizobiennes. La quantité d’azote fixée dépend du rendement et des conditions pédoclimatiques, mais elle peut atteindre 150 à 250 kg N/ha pour la féverole et 80 à 200 kg N/ha pour le pois. Une partie de cet azote est exportée par la récolte, mais les résidus de culture restituent généralement entre 20 et 60 kg N/ha à la culture suivante. Ceci montre bien que la culture des protéagineux, même si elle peut être moyennement intéressante économiquement, doit se raisonner sur la rotation et non uniquement à la culture.



Points de vigilance
en agriculture de conservation des sols


1. Choix du couvert végétal

Comme souvent, il vaut mieux choisir un mélange de 2-3 espèces que vous connaissez bien et adaptées à votre contexte pédoclimatique. Il faut être vigilant sur les espèces qui peuvent pénaliser le pois ou présenter un risque sanitaire : proscrire le pois ainsi que toutes les espèces/variétés de légumineuses sensibles à l’aphanomycès (lentille, gesse, luzerne, trèfles et vesces sensibles) pour éviter de multiplier le pathogène, ainsi que le sarrasin (risque de ne pas pouvoir contrôler les éventuelles repousses dans le pois). Éviter les crucifères comme la moutarde et le radis (risque potentiel d’effet dépressif vis-à-vis des bactéries fixatrices d’azote). 
Il vaut mieux privilégier les associations de graminées (avoine, seigle, moha, sorgho, etc.) et/ou la phacélie. Intégrer du lin et/ou des astéracées (tournesol, nyger) si le lin ou le tournesol sont absents dans la rotation et à éviter avant soja pour le risque de sclérotinia dont ces plantes sont hôtes.


2. Implantation et gestion des résidus

L’implantation constitue le principal facteur limitant en ACS. La présence de résidus de culture ou de biomasse issue des couverts peut perturber le placement de la graine et entraîner des levées hétérogènes. Il est donc essentiel d’assurer :


●    Une répartition homogène des résidus à la récolte précédente,
●    Une capacité du semoir à couper les résidus,
●    Un bon contact sol-graine.

Les semoirs à disques sont souvent privilégiés car ils permettent de couper les résidus et d’ouvrir un sillon étroit limitant la perturbation du sol. La régularité de la profondeur de semis est particulièrement importante pour la féverole, dont la levée peut être compliquée en semis trop superficiel.  Dans ce cas, le semoir à dent fait aussi un travail très satisfaisant ; comme souvent en ACS, il faut adapter sa technique au semoir disponible sur la ferme ou à la CUMA !


3. L’inoculation

En soja, l’inoculation de la parcelle est indispensable lors d’une première culture car les bactéries symbiotiques du soja ne sont pas naturellement présentes dans les sols français. Une fois introduits par une première inoculation, les rhizobiums survivent en général très bien à des niveaux qui ne nécessitent pas une ré-inoculation ultérieure. Les cas où une nouvelle inoculation est nécessaire sont en sols calcaires avec présence de calcaire actif, en sols à plus de 35 % de sable et pauvres en matière organique ainsi que les parcelles n’ayant pas porté de soja depuis de nombreuses années (> 5 ans).
Il en est de même pour le lupin dont les bactéries symbiotiques ne sont pas présentes naturellement. 


4. Température et humidité du sol

D’après de nombreuses mesures effectuées, les sols sont souvent plus froids au printemps en ACS : Même si l’amplitude thermique est moindre, la moyenne est souvent de 1 à 2 °C de moins en début de printemps. Ceci peut ralentir la germination et favoriser la prédation par les limaces (risque moindre pour le pois et la féverole) ou autres insectes. Pour limiter ce risque, plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre :


●    Destruction anticipée des couverts végétaux,
●    Choix de parcelles bien drainées,
●    Semis lorsque la température du sol dépasse 3-5 °C pour le pois ou la féverole en vérifiant qu’il n’y a pas de risque de gel dans les 3 à 4 jours qui suivent au moment de la germination des graines.  Des semis en sol gelé sont possibles en féverole. La graine germera quand les températures redeviendront positives. Pour le soja en revanche, il faut des sols plus chauds (> 10°C).


5. Gestion de la fertilisation

De façon générale, les légumineuses à graines sont sensibles au calcaire actif et donc au pH basique. On observe dans ce cas, des chloroses ferriques, un mauvais fonctionnement des nodosités et des problèmes de croissance ce qui entraîne une faible productivité. Ce problème est particulièrement marqué en soja et en lupin. Le pois en revanche peut se développer en sols calcaires.

Les besoins en phosphore et potasse restent faibles mais, selon les teneurs des analyses de sol, il peut être nécessaire d’apporter 40 à 70 kg de phosphore et 60 à 100 kg de potasse.  

Le soufre est nécessaire à hauteur de 30 à 40 unités.

Le manque de bore est aussi préjudiciable, d’autant plus en sol basique. Cela peut être à l’origine de légumineuses sans gousses à la suite d’un problème de fécondation des fleurs, notamment en féverole. Un apport de 300 g/ha d’éléments bore au stade boutons floraux est conseillé si une carence est avérée. Un apport de molybdène est rarement justifié.


6. Gestion des adventices

Les protéagineux sont peu compétitifs en début de cycle car ils ne couvrent pas rapidement le sol. Le plus lent étant le lupin. Pour cela, le couvert végétal doit vraiment être exempt d’adventices ou toutes détruites avant le semis. Il est souvent nécessaire d’associer prélevée et post levée : si des antigraminées spécifiques suffisent au désherbage des vivaces et annuelles dans les cultures de protéagineux, la lutte contre certaines dicotylédones est parfois plus difficile, car peu de produits sont disponibles, en particulier en post-levée. Ceci est d’autant plus vrai en présence de dicotylédones vivaces qui doivent être gérées dans la rotation car elles sont souvent au mieux freinées mais rarement détruites. Pour le pois et la féverole d’hiver, dont les semis s’effectuent en général en novembre, une post-levée seule est possible dans des parcelles où les flores d’adventices sont peu développées.


7. Gestion des maladies

Malgré la compétition biologique grâce à une biodiversité microbienne plus élevée, la présence de résidus peut favoriser la conservation de certains inoculums pathogènes. 
L’aphanomyces est la principale maladie racinaire du pois. Elle peut occasionner des pertes de rendement très importantes, en particulier sur pois de printemps. La préservation de l’état sanitaire du sol est déterminante et dépend notamment d’une bonne gestion de la succession culturale. Le pathogène peut infecter plusieurs espèces de légumineuses mais il existe des différences de sensibilité importantes entre les espèces, voire parfois entre variétés au sein même d’une espèce.


●    Espèces très résistantes : féverole, lupin, pois chiche, soja, fenugrec, lotier, sainfoin (ne multiplient pas l’inoculum)
●    Espèces sensibles : pois, lentille, vesce, luzerne, gesse, vesce, trèfle


Dans le cas de la vesce et du trèfle, il existe des différences de sensibilités entre variétés.


Depuis quelques années, les agents pathogènes responsables de la bactériose, de l’ascochytose et du colletotrichum sont fréquemment présents simultanément sur pois d’hiver. L’occurrence de ce complexe de pathogènes sur pois de printemps est plus rare et moins problématique. La stratégie fongicide doit donc prendre en compte cette réalité en ne négligeant pas des interventions très précoces si besoin. Une combinaison de leviers agronomiques peut également aider à limiter les pertes de rendement liés aux maladies en pois ou en féverole d’hiver : date de semis pas trop précoce (novembre à décembre), densité respectant les préconisations pour éviter un couvert trop dense. 
Pour le soja, c’est le Sclérotinia qui pose problème : Il faut privilégier les variétés peu sensibles dans les situations à risque (parcelles ayant déjà subi des attaques, retour fréquent (plus d’un an sur deux) d’une culture sensible au sclérotinia, sols moyennement profonds à profonds, conduites irriguées).  Même avec cette précaution, mieux vaut éviter les fortes densités avec un interligne assez large, de 50 à 60 cm ainsi qu’un espacement des tours d’eau en augmentant la quantité d’eau par tour.  Lorsque les symptômes apparaissent, il n’y a plus de solution curative pour la culture.


Quant à la féverole souvent mise en couvert, il faudrait respecter un délai minimum de retour de 5 à 6 ans entre deux féveroles, quel que soit le mode d’introduction (culture principale, plante compagne, couverts). En effet, un retour trop fréquent de la culture augmente le risque sanitaire et notamment la pression botrytis et maladies racinaires (fusarium, rhizoctone...).


8. Gestion des ravageurs

Dans les systèmes ACS, la présence d’infrastructures agroécologiques et de biodiversité fonctionnelle peut favoriser les auxiliaires naturels. Cependant, une surveillance régulière reste nécessaire afin d’intervenir si besoin car les dégâts peuvent être élevés.


Un démarrage rapide est nécessaire pour éviter les mouches de semis en lupin qui peuvent entraîner de gros dégâts.  En végétation, plusieurs insectes peuvent impacter les plantes et la vigilance est de mise (sitones sur pois, féverole et lupin, pucerons sur pois et féverole, punaises sur soja par exemple). 





L’ensemble de ces avantages font des protéagineux des cultures importantes dans une rotation en ACS que ce soit en culture ou en couvert : il semble difficilement concevable de réussir l’ACS sur le long terme sans cette famille.


Conscient de l’importance des légumineuses dans les rotations en Agriculture de Conservation des Sols et des enjeux techniques qui les entourent, les agriculteurs de l’APAD ont rejoint le projet Insérez les, un projet porté par Terres Inovia pour 3 années de l’automne 2024 à l’automne 2027. L’un des objectifs du projet est de comprendre et réduire l’écart au rendement potentiel des légumineuses à graines et mettre au point des innovations pour gagner en robustesse pour des rendements plus stables et plus proches de l’optimum.


L’APAD Perche, l’APAD Centre Val de Loire, l’APAD Nord Est et les APAD des Hauts de France participent activement via la mise en place d’expérimentations concrètes. Pour la campagne 2024-2025, pois, soja, féverole et lupin ont été mis à l’épreuve. Les agriculteurs ont défini ensemble les leviers sur lesquels, en ACS, il leur semblait pertinent de creuser. Ainsi, la fertilisation, les couverts d’interculture, l’inoculation sont autant de sujets qui ont pu être traités.





Témoignage de Grégory Vallée, Polyculteur-éleveur en Eure-et-Loir

Photo du 3 mars 2026 : lupin sur résidus paille


Je cultive du lupin d’hiver depuis la récolte 2022. Nous étions à la recherche d’une nouvelle culture pour diversifier la rotation et casser les cycles. C’est une culture qui nous octroie une certaine autonomie : on peut ressemer une fois au moins les semences certifiées que l’on achète (au-delà, on prend le risque du développement d’une amertume) et après quelques années suite à un problème d’approvisionnement, nous nous sommes rendu compte que nous n’avions pas besoin d’inoculum. Les parcelles n’ayant jamais reçu de lupin semblent détenir les bactéries qui vont bien chez nous. Cette culture nous amène de l’azote dans la rotation et ce n’est pas négligeable dans le contexte actuel. C’est un voisin éleveur qui nous achète le surplus pour apporter de la protéine dans les rations de ses vaches laitières et allaitantes. Je conserve généralement ⅓ ou ¼ de ma production pour mes propres animaux : pour l’engraissement des taurillons. Chaque année, j’ai donc environ 10 ha de lupin. Ma rotation comprend également du pois d’hiver ou de la féverole selon les rotations. Les légumineuses sont aussi particulièrement utilisées dans mes couverts.


Le lupin intervient entre 2 blés. Au niveau salissement, l’idéal serait de pouvoir le semer après un maïs mais cela n’est pas possible car nous semons le lupin au 15-20 septembre. C’est une culture qui est longtemps en terre : entre septembre et août. Elle a une croissance lente et cela en fait une culture propice au développement des adventices. Cela représente un point d’attention important. Autour du 20 juillet après la moisson, je sème un couvert de graminées (orge de printemps ou avoine brésilienne), phacélie, lin… Ce couvert atteint environ 30 cm quand vient le semis à la dent du lupin que l’on sème à 45-50 grains/m² (soit environ 150 kg/ha). Je fais un désherbage en prélevée antidicot et anti graminés, un kerb pendant l’hiver et un antidicot en sortie hiver. J’apporte des oligo-éléments notamment bore et molybdène avant floraison. Généralement, je fais 2 petits fongis en fin de floraison du 1er étage puis en fin de floraison du 2ème et vis à vis des maladies, on s’en sort bien ! Terres Inovia assure un suivi et nous témoigne que nos parcelles sont peu touchées par rapport à d’autres du secteur. Même chose pour la mouche du semis : les recommandations étant un labour 3 semaines avant le semis nos parcelles pouvaient sembler à risque sans travail du sol. Pourtant nous n’avons jamais été embêtés. Je pense qu’en semant en direct dans le vert, on ne favorise pas la fermentation qui attire les mouches… Par ailleurs, le lupin est très sensible à l’hydromorphie, j’évite de le mettre dans les parcelles les plus à risque. Je fais aussi attention aux limaces et mulots qui peuvent se révéler problématiques sur l’homogénéité des parcelles et le nombre de pieds.
Après la récolte du lupin, je ressème un couvert de phacélie, tournesol, lin, féverole, colza… Il est généralement en place du 20 août au 20 octobre et me permet de semer le blé qui suit dans le vert.

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Année
        
Rendements
lupin d’hiver
  Remarques
202222Manque de pieds en raison de la présence de mulots/limaces et de tas de paille
202344Très bonne année malgré quelques pieds touchés par l’anthracnose
202440Bon rendement malgré une année très humide et la perte de pieds entre les drains
202533Problématique de salissement qui a pénalisé le rendement


Nos rendements sont satisfaisants avec peu d’investissements et un prix de vente autour de 400€/t, je fais des marges correctes.

Témoignage de Fabien Cockenpot, céréalier dans la Somme en ACS depuis 5 ans

​​​​​​​Sur la ferme, nous avons chaque année 20 à 30 ha de pois, il s’agit en majorité de pois de printemps et j’ai tous les 2-3 ans aussi, du pois d’hiver. Avec l’arrêt de la betterave et des pommes de terre, il fallait trouver un moyen de conserver des cultures pour diversifier la rotation et limiter le salissement. Il fallait aussi des cultures qui puissent s’adapter à mes types de sol parfois compliqué : limon battant, cranettes séchantes et argile à silex (parfois les 3 dans la même parcelle…). J’ai la chance d’avoir obtenu il y a plus de 12 ans maintenant des contrats semences sur toutes mes cultures. Ils ont notamment été permis par mes possibilités de stockage (les pois de printemps ne sont récupérés qu’en février de l’année suivant la récolte par exemple). Ces contrats me permettent de cultiver des variétés “dernier cri” qui maximisent le potentiel de rendement et résistent bien à la sécheresse.


Le pois de printemps revient dans mes rotations tous les 7-8 ans. Il est cultivé derrière un blé ou un escourgeon. Après la moisson, je sème un couvert de graminés, phacélie, moutarde d’Abyssinie, nyger… semé au 15 août maximum et roulé sur gel quand cela est possible. J’applique un glypho 8 à 15 jours avant le semis. Il faut attendre que les parcelles soient ressuyées et viser fin février - début mars. Cette année, j’ai semé autour du 10 mars avec un engrais starter dans la ligne de semis qui apporte environ 18 UN et 30 unités de phosphore, cela permet d’apporter de la vigueur au démarrage et sortir plus rapidement de la période à risque pour les sitones. Je sème en moyenne 90 à 110 grains/m². C’est un peu plus que les recommandations de mon secteur, mais en semis direct, cela me convient bien comme ça. Il faut être particulièrement vigilant aux limaces au moment du semis notamment aux limaces noires. Si certains disent que le pois de printemps ne craint rien ; ce n’est pas mon expérience ! Dans l’idéal il faut suivre les populations avant semis pour adapter sa gestion. Je n’en ai malheureusement pas eu le temps cette année donc j’ai appliqué un antilimace au moment du semis. J’ai rarement de grosses problématiques au niveau des maladies. Je fais parfois un fongicide et très rarement 2, en doses réduites. En revanche, pour produire de la semence, les insecticides sont obligatoires contre les bruches et tordeuses du pois à floraison puis 15 jours plus tard. A chaque passage sur la parcelle j’essaie d’apporter 100-200g de bore (3-4 passages). Ce n’est pas ce qui coûte le plus cher et cela permet de limiter les carences.

Photo du semis 2026 du pois de printemps

Pour la production de semences, dans le pois de printemps, on peut être embêté avec les folles avoine, l’usine passe généralement en juin pour voir si la parcelle est récoltable. Si de la folle avoine est détectée, il est possible de l’enlever manuellement. 


Le stockage est aussi une étape délicate. Pour limiter la casse des grains, je cherche à récolter aux alentours de 16-18% d’humidité. Or, ce taux d’humidité présente un gros risque de chauffe et pourrissement des grains. Il est alors très important de ventiler (2 fois plus qu’un blé) et de limiter la hauteur des tas (max 2m). Avant enlèvement, un test de germination est effectué par l’usine pour s’assurer des bonnes conditions de stockage.

J’ai 5 ans d’historique en ACS et mes 2 dernières récoltes de pois de printemps ont été mes meilleures avec 46qtx en 2024 et 56 qtx de moyenne en 2025 ! Cela vient valider mes pratiques et amène la curiosité de mon client pour les semences.

Témoignage de Guillaume Guibert, agriculteur à Montrésor en Indre-et-Loire

Je cultive du pois et de la féverole d’hiver depuis 4 ans. Je me pose la question d’arrêter la féverole car le pois a l’avantage de pouvoir être récolté un mois plus tôt, et ces dernières années la féverole a pris des coups de chaud au mois de juin.


Un des intérêts de la culture du pois d’hiver est qu’elle permet de libérer les terres de bonne heure. J’ai donc plus de chances de réussir l’implantation d’une interculture d’été car les sols sont encore frais. Je sème, de suite après la récolte, du millet, du sarrasin ou du tournesol. Ces intercultures me permettent de couvrir les sols et parfois d’effectuer une récolte en dérobé.


Le pois est une bonne tête de rotation qui ramène de l’azote dans le système. Je réalise une économie de 150 à 160 unités d’azote par hectare. Ma rotation est la suivante : Pois – Blé – Orge – Colza – Blé ou triticale – Maïs. 


Un autre intérêt du pois est qu’il facilite le désherbage. Le placer dans la rotation permet d’alterner les familles d’herbicides. C’est aussi une culture couvrante qui concurrence les adventices pour la lumière. Enfin, il est semé tardivement (en novembre), à une période où le ray-grass de germe plus.


L’implantation peut être délicate. Les sols doivent être ressuyés et avoir une bonne structure. Selon moi, un travail superficiel est nécessaire. Je passe un outil à dents et je roule quand les conditions le permettent.


Pour ce qui est du débouché, je suis en contrat de semences. Cela permet une meilleure valorisation mais ce n’est pas énorme non plus. J’étudie la question de vendre en direct à des éleveurs.


Sur mes parcelles suivies dans le programme Insérez-les cette année, j’avais une problématique de ray-grass. J’ai travaillé le sol superficiellement avec mon déchaumeur (Thorit), j’ai mis du glyphosate un mois avant le semis et du nirvana quelques jours après le semis. J’ai fait un passage de Kerb fin janvier. Aujourd’hui, mes parcelles sont propres. J’attends de voir si elles le resteront jusqu’à la récolte.


Je prévois un essai avec différents apports de bore à la floraison avec trois modalités : un témoin sans apport, une modalité simple dose et une double dose. On observera si cet oligo-élément boostera la plante et aura un effet sur les composantes du rendement.​​​​​​​

Témoignage de Véronique BIARNES, chargée d’études écophysiologie et génétique chez Terres Inovia

Avant de rejoindre Terres Inovia, j’ai travaillé pour l’UNIP (Union Nationale Interprofessionnelle des plantes riches en Protéines). Cela fait donc plusieurs dizaines d’années que je côtoie les pois, les féveroles, leurs évolutions variétales et les pratiques culturales qui les concernent !  Chez Terres Inovia nous menons de nombreux projets pour mieux comprendre les facteurs limitant le rendement des protéagineux à graines et essayons de construire des itinéraires techniques pour des légumineuses robustes face aux défis agricoles actuels.


Pour des implantations réussies, nos recommandations de conduites culturales ont un peu évolué au fil des années et notamment pour lutter contre les maladies qui explosent ces dernières années (bactériose et anthracnose). Dans un contexte où les automnes sont plus doux, nous modulons les dates de semis et invitons les agriculteurs à semer un peu plus tard. Cela permet d'éviter les gels tardifs de printemps. Nous invitons également les agriculteurs à diminuer leur densité de semis en pois d’hiver par exemple en respectant les préconisations. On observe que les agriculteurs ont tendance à mettre plus que nécessaire sans doute parce qu’en légumineuses à graines, on retrouve beaucoup de semences fermières. Concernant la nutrition azotée, les recherches doivent se poursuivre pour comprendre pourquoi les légumineuses ont du mal à se développer en sols calcaires. Pour les profondeurs de semis, on sait que la féverole supporte des profondeurs importantes, cela peut être un atout en cas de gel. La féverole est aussi plus tolérante que le pois ou le lupin à des sols hydromorphes.


En termes de sélection variétale, des nouveautés arrivent depuis 2-3 ans en féverole, après des années avec très peu ou pas d’inscriptions. Les variétés qui vont sortir prochainement présentent un vrai potentiel ! La recherche vise notamment à diminuer le taux de vicine convicine, un composé anti nutritionnel (généralement un peu moins présent dans les variétés de printemps) afin de développer les débouchés en alimentation humaine. La vicine convicine semble aussi être néfaste pour les volailles (la taille des œufs en étant réduite par exemple). 


Sur le pois, la sélection variétale a permis d’obtenir des tiges plus rigides facilitant la récolte. Un travail similaire pourrait se développer en lentille. La teneur en protéines a aussi été améliorée en pois. Pour le pois chiche, l’objectif serait d’atteindre une plante avec une croissance déterminée, qui éviterait que la plante redémarre en végétation si les conditions sont humides à l’approche de la récolte. Plus globalement, le développement de nouvelles variétés s’oriente vers la résistance aux stress hydriques et aux maladies (de nombreux projets dont Insérez-les y travaillent). 


Si le pois, la féverole et le lupin sont historiquement orientés vers des débouchés dédiés à l’alimentation animale, quelques nouveautés se développent.


En féverole, si les graines bruchées ont longtemps été très problématiques pour la commercialisation en alimentation humaine en graines entières, des procédés de décorticage permettent la séparation des cotylédons et l’élimination des insectes. La féverole est donc de nouveau dans la course pour la transformation : farines, fermentation, alternatives aux produits laitiers… La recherche est en cours. Pour autant, la féverole reste très autoconsommée sur les fermes d’élevage qui la produisent pour l’alimentation des ruminants (méteils) et elle est aussi utilisée pour l’alimentation des poissons. Le pois, quant à lui, continue sa progression en alimentation humaine et reste utilisé en alimentation porcine.

Des projets comme Insérez les et notre collaboration avec l’APAD nous permettent de mieux comprendre le comportement des légumineuses à graines dans vos systèmes. Nous avons observé que les parcelles de pois d’hiver en semis direct peuvent présenter moins de maladies, peut-être parce que la densité de plantes est moins importante ? Dans nos enquêtes auprès d’agriculteurs, on voit que la part de féveroles semées en direct est en augmentation, sans doute que cette plante à grosse graine, avec ses réserves importantes, peut tolérer des conditions d’implantation plus compliquées. Pour dégager des tendances plus robustes, il faudrait multiplier de façon importante le nombre de parcelles suivies.






Article écrit par le comité technique de l’APAD.
Si vous souhaitez réagir ou poser des questions sur cet article, envoyer un mail à :
comite.technique.apad@gmail.com




















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52 - Explorer de nouveaux horizons en Agriculture de Conservation des Sols

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53 - La transition vers l’Agriculture de Conservation des Sols

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54 - L’agriculture de Conservation des Sols en Lituanie
01/07/2025

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55 - Concilier innovation, autonomie et Agriculture de conservation
25/07/2025 des sols

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56 - Les perspectives pour l’agriculture de Conservation des Sols
03/10/2025

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57 - La gestion des adventices dans les céréales d’automne
24/10/2025

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58 - La culture du maïs et résultats des essais maïs et tournesol
03/12/2025

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59 - L’Agriculture de Conservation des Sols : Une trajectoire agronomique vers la résilience des sols

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60 - Les 30 ans de la plateforme Oberacker : un monument au service de l’ACS
12/02/26

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61 - La gestion de l’eau en Agriculture de Conservation des Sols : enseignements opérationnels issus de différents projets de recherche

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62 - La culture des légumineuses à graines en agriculture de conservation des sols (ACS)

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